Comme toujours au début du XXe siècle, le dernier jour de la saison perlière est traditionnellement un jour de joie et de célébration.  Les habitants de chaque ville du Golfe attendaient avec impatience le retour de leurs hommes qui avaient été à la pèche de la perle en mer pendant les six derniers mois.  Et si un événement mondial venait influencer le Golfe une fois de plus ?

Mais en novembre 1928, la fête ne fut pas au rendez-vous: une tempête accueillie les pêcheurs de perles par un nuage assombrissant les perspectives de l’industrie de la perle. Pendant l’été 1928, alors que les pécheurs étaient en mer, une alternative bon marché en provenance du Japon a fait son apparition: la perle de culture arriva sur les marchés internationaux, anéantissant du coup l’industrie perlière naturelle des pays du Golfe.

L’effet sur Dubaï, Doha et les autres ports du Golfe a été immédiat et catastrophique. Les commerçants locaux de la perle avaient emprunté de l’argent pour acheter encore plus de bateaux et pour employer davantage d’hommes.  Ces équipages, qui étaient partis pour six mois, n’avaient été payés que la moitié de leur salaire au départ – emprunté à des bailleurs de fonds à un taux d’intérêt élevé – avec la deuxième moitié payée qu’au retour.

Or, en novembre 1928, il n’y avait pas de couverture d’assurance, ni aucune possibilité de remboursement de ces crédits.  Se mit alors en place une situation de blocage économique. La perle avait été l’épine dorsale de l’économie du Golfe au début du siècle passé, représentant jusqu’a 95 % de l’activité économique de la région.

Cette tempête imprévue s’est installé sur le Golfe un an avant la Grande Dépression de 1929 qui toucha le monde entier. Une tempête similaire pourrait-elle se préparer aujourd’hui ?  En réponse aux sanctions occidentales, Vladimir Poutine n’encouragent pas les citoyens russes de se rendre dans plus de 100 pays, occidentaux en majorité.  Associée à certaines sanctions récentes, le rouble russe est malmené.  Cela pourrait laisser présager un hiver bien froid pour l’économie russe.

De plus, avec le virus Ebola menaçant l’Afrique, beaucoup de plans de voyages sont annulés par précaution afin d’attendre de voir comment ce virus mortel sera contenu. Pendant ce temps, le monde est également confronté au terrorisme et autres formes de radicalismes qui ont frappé le Moyen-Orient, ce qui n’a pas servi le développement potentiel de la région.

Bien sûr, les plongeurs de perles de Dubaï qui ont quitté leur port en juin 1928 n’auraient jamais pensé qu’ils allaient y revenir pour se trouver dans une situation où ils n’auraient plus de débouché pour le marché de la perle. Trois hommes – Kōkichi Mikimoto, Tokichi Nishikawa et Tatsuhei Mise – responsables de l’essor des perles de culture sont ceux-là mêmes qui avaient ruiné les économies du Golfe .

Heureusement, la plupart des économies du Golfe ne reposent plus aujourd’hui sur une seule activité économique mais, outre les hydrocarbures, les EAU ou le Qatar dépendent de plus en plus des voyages et du tourisme.  Or, tous ces évènements contemporains – sanctions et dévaluation de la monnaie russe, virus Ebola ou encore terrorisme global – ont le potentiel de créer une forte diminution du tourisme, qu’elle soit conjoncturelle ou structurelle.

Cela doit être préoccupant pour tout chef d’entreprise qui sert, soutient ou s’appuie sur ces industries. A Dubaï, il s’agit par exemple d’une grande partie des emplois de la ville. la question qui se pose est donc de savoir que faire de ces informations? La réponse est, comme pour les États, de s’engager dans un scénario de planification stratégique avec des simulations plausibles. Par exemple, il est essentiel de se demander ce que se passerait-il si les Russes ne pouvaient pas voyager dans le Golfe pendant leurs vacances d’hiver? Ou bien que se passerait-il si le virus Ebola empêchait les voyage dans le Golfe pendant deux ans?

Il est important ensuite avec son équipe de direction d’évaluez la probabilité de réalisation de ces scénarios, puis de mettre en place des stratégies alternatives et de réduction des risques. Cet exercice d’évaluation des risques met en évidence la nécessaire prudence compte tenus des scénarios potentiels identifiables. Il convient ensuite d’adapter les plans de l’entreprise en conséquence tout en tentant de séparer les probabilités de possibilité de tel ou tel scénario. C’est le prix de la sécurité.