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Alors que les dirigeants du Maghreb et ceux du Golfe ont depuis longtemps eu des relations entre eux, jusqu’à récemment, aucune région n’avait pris une importance stratégique pour l’autre (en effet, pour le Maghreb c’est l’Europe et le Sahel qui comptaient tandis que pour les pays du Golfe, la stabilité régionale du Moyen-Orient, la question palestinienne et la menace de l’Iran étaient les priorités stratégiques). Depuis les années 2010 cependant, plusieurs pays du Golfe cherchent à avoir une plus grande influence en Afrique du Nord, au Machrek ou encore au Maghreb.  Quelles relations pour les pays du Golfe et ceux du Maghreb?

Les pays du Golfe ont montré leur intérêt croissant envers le Maghreb à travers l’aide que les pays ont versée, par leurs nombreux investissements financiers, voire même avec une intervention plus directe. Cependant, malgré des versements de sommes d’argent, les pays du Maghreb – la Tunisie, la Libye, le Maroc et l’Algérie – ont eu des relations ambigües avec les pays du Golfe depuis le début des printemps arabes. Depuis en effet que le monde a découvert stupéfait le début d’une contestation au Maghreb après la mort du jeune Mohamed Bouazizi en décembre 2010, plusieurs États du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) ont cherché à acquérir une plus grande influence en Afrique du Nord. Pour cela, ils ont utilisé plusieurs moyens tels que les soutiens financiers, matériels ou politiques. Ce faisant, les pays du Golfe ont clairement montré un changement de paradigme dans leurs relations vis-à-vis du Maghreb – relations cordiales vs. interventionnisme – tandis qu’un changement d’échelle de leur action géopolitique fut à l’œuvre. Avec le début des printemps arabes en effet, l’activisme politique des pays du Conseil de Coopération du Golfe est passé du Moyen-Orient au Maghreb, renouvelant ainsi l’importance stratégique de l’Afrique du Nord.

Les intérêts des pays du Golfe au Maghreb ne sont cependant pas identiques et divergent fortement selon les pays malgré un contexte et des problématiques communes (stabilité, influence, investissements économiques). Par exemple, en Tunisie et en Libye (et en Égypte), certains pays du Golfe ont soutenu et souhaitaient influencer les groupes révolutionnaires. Au Maroc en revanche ils ont soutenu le pouvoir en place et son processus de réforme, car ils craignaient la chute de la seule monarchie du Maghreb. Au Maroc, les liens historiques entre le royaume chérifien et les pays du CCG furent en effet mis en avant dans des objectifs de développement économique. En Algérie, la peur de l’ingérence étrangère et des différents sur l’intervention en Libye se télescopèrent.

Les pays du CCG se retrouvent cependant sur un certain nombre de fondamentaux communs : recherche de stabilité au Maghreb, tolérance pour l’arrivée au pouvoir de certains acteurs politiques islamistes (à nuancer fortement cependant selon les pays), et surtout volonté de favoriser une plus grande intégration économique régionale. Fonder des partenariats sur des relations économiques saines reste donc essentiel, notamment à un moment où les dynamiques économiques continuent de diverger fortement au sein de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA). Alors qu’au Maghreb, la situation politique semble se tasser (sauf en Libye), la promotion de relations constructives entre les pays du Golfe et ceux du Maghreb à travers les liens économiques est indispensable. Un tel angle permettrait de mieux gérer des tensions parfois existantes entre des pays qui partagent beaucoup de traits communs, mais aussi de promouvoir une certaine stabilité au Maghreb. Pour cela cependant, il faudra que l’aide économique concerne des secteurs porteurs et profite à tous les habitants des pays de l’Afrique du Nord concernés – notamment les jeunes qui sont l’avenir de la zone MENA.

Mehdi Lazar, M.S., Ph.D.

 

 

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