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L’ancien émir du Qatar, Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani (qui a régné sur l’émirat pendant dix-huit ans, (de juin 1995 à juin 2013) déclarait en 2004 dans le Journal du dimanche: « Il est plus important d’être reconnu au Comité international olympique (CIO) qu’à l’Organisation des nations unies ».  Outil de soft power et d’influence, le sport est devenu pour bien des Etats, dont le Qatar, un moyen efficace d’assurer la promotion d’un pays et de véhiculer des valeurs positives.  Le sport comme levier de développement pour le Qatar est une initiative louable qui justifie les dépenses énormes de l’état qatari.

Doha a en effet très tôt misé sur le sport, dès les années 1990, et ce dernier constitue une des spécificités du pays dans la région. Plus qu’un outil de soft power, il s’agit aussi pour Doha d’une stratégie de diversification économique. Le Cheikh Hamad est arrivé au pouvoir en 1995 et décida non seulement de mettre un terme à la politique de son père, plus alignée sur celle de l’Arabie saoudite, mais aussi de faire connaitre son pays au monde entier. Pour cela, il a lancé la chaîne satellitaire Al Jazeera, misé sur l’exportation du gaz naturel, mais a aussi valorisé le sport comme l’un des instruments majeurs d’influence et de développement économique.

Selon de nombreux connaisseurs de la question, le Qatar souhaitait devenir l’un des acteurs mondiaux de la géo-économie du sport. Pour cela, l’émirat a misé sur l’organisation des grandes compétitions internationales, la formation des sportifs et l’accueil de sportifs de renommée internationale en fin de carrière, la mise en place d’un large réseau de diffusion télévisée (Al Jazeera Sports) et l’achat d’un club de prestige comme le Paris Saint-Germain. Les axes de cette « diplomatie sportive » permettent au pays une visibilité immédiate.

Le sport a d’ailleurs été sous la coupe du Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani (l’actuel émir) qui était Prince héritier d’aout 2003 à juin 2013. Ce dernier est très sportif, amateur d’équitation et de football, et a été très investi dans les institutions sportives qataries. En 2000, il est devenu président du Comité olympique du Qatar et en 2002, le plus jeune membre du CIO (Comité international olympique). Il présida aussi le Comité d’organisation des XVe Jeux asiatiques qui ont eu lieu au Qatar en 2006. Cette compétition (le troisième plus grand évènement sportif de la planète avec le Mondial de football et les Jeux olympiques) a fat changé le Qatar de dimension. C’est notamment grâce à cette expérience que la FIFA a décidé de donner au Qatar de mondial de football de 2022.

Le développement sportif est aussi motivé au Qatar par l’objectif de faire de l’industrie du sport un des principaux éléments de diversification économique de l’émirat. Cela se voit dans la Qatar National Vision 2030 (QNV 2030). C’est pour cela que le Qatar investit massivement dans des nombreuses infrastructures : stades, routes, métros, villes nouvelles, aéroport, etc. Selon une étude du cabinet britannique Deloitte, environ 200 milliards de dollars seront investis d’ici 2022. Par ailleurs, l’industrie du sport au Qatar fait l’objet d’une logique d’intégration industrielle verticale en plus de sa stratégie de marketing politique avec le sport, et le football en particulier. Elle concerne par exemple, l’organisation de la Coupe du monde de 2022, l’arrivée de la chaîne Al-Jazeera Sport en France, l’achat des droits de retranscription de championnats de football, l’internalisation de la gestion des droits marketing du PSG, le sponsoring d’équipes (le Barça) ou l’achat d’équipe (le PSG), d’équipementiers, la formations des jeunes, etc. Et cette stratégie s’inscrit au niveau mondial.

Dans ce cadre, le sport est avant tout un secteur économique lucratif que le Qatar vise avec sa stratégie de diversification des actifs. Il le fait dans une intégration verticale qui inclut l’achat d’équipes de sport, notamment de football, leur sponsoring et la publicité, l’achat d’équipementiers, l’organisation d’évènements sportifs (au Qatar, comme la coupe du monde 2022), l’achat des droits de retransmission puis de chaines de télévision. Cela dit, le sport est un aussi un vecteur de valeur positive auquel le Qatar veut être associé. C’est pour cela qu’il est séduisant pour un pays voulant mettre en avant son image. Il est évident que ceci s’inscrit dans une stratégie de soft power, ou séduction, afin que les grands Etats occidentaux voient le Qatar comme un État moderne.
Mehdi Lazar, M.S., Ph.D.

 

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