Le réchauffement climatique fait peser des risques sur la région MENA et le changement climatique mondial va ajouter davantage de pression sur les ressources en eau et aura un impact certain sur les infrastructures côtières, le tourisme et l’agriculture.

Les pays du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord, avec 100 millions de personnes vivant dans les villes côtières de la région à risque d’ici à 2050, sont particulièrement vulnérables à l’impact du changement climatique, selon un nouveau rapport.

« Par rapport au reste du monde, la région MENA souffrira disproportionnellement plus d’extrêmes chaleurs » la Banque Mondiale avait averti dans un rapport fin novembre.

“Dans un monde où le réchauffement mondial moyen a atteint 4° C au-dessus du niveau de l’ère préindustrielle, et les températures estivales à 8° C plus élevée dans certaines parties de l’Algérie, Arabie Saoudite et l’Irak à la fin du siècle,” remarque aussi la Banque.

Les villes côtières comme Alexandrie, en Egypte, à Benghazi en Libye et à Alger en Algérie sont particulièrement exposées à des niveaux plus élevés de mer menant à des milliards de Dollards de pertes.

« Une élévation du niveau de la mer d’un mètre pourrait affecter 10 % de la population égyptienne, 5 % de son aire urbaine et faire reculer de 6 % le PIB du pays, » a estimé la Banque.

En outre, cette hausse d’un mètre au-dessus du niveau de la mer, coûterait Algérie 6,55 milliards de Dollars par an, Egypte 6,52 milliards, Maroc 5,52 milliards, 3,46 milliards à la Tunisie et à la Libye 1,76 milliards, la Banque estime.

Selon le rapport sur le réchauffement climatique, le monde est déjà en voie de devenir plus chaud de 1,5 degré, et sans une action concertée pour réduire les émissions, la planète pourrait avoir un réchauffement de 2° C au milieu du siècle, pouvant conduire à des changements radicaux dans l’économie mondiale.

SÉCURITÉ ALIMENTAIRE

Les différentes parties de la région MENA sont déjà fortement tributaires des importations de denrées alimentaires qui pourraient augmenter plus.  L’agriculture et l’élevage seront négativement impactés par les pénuries d’eau et le climat rendu plus chaud et encore plus aride.

Les Gouvernements dans l’ensemble de la région envisageraient dépenser quelques 300 milliards de Dollars sur les projets lies a l’alimentation en eau et du dessalement de l’eau de mer par 2022 afin de surmonter les pénuries d’eau chroniques, et le changement climatique pourrait encore ajouter encore plus de dépenses à ces projet d’investissement.

Certains analystes estiment que la zone viable en eaux pluviales pour l’agriculture au Moyen-Orient diminuerait de plus de 8 500 kilomètres carrés au milieu du siècle et par plus de 170 000 kilomètres carrés vers la fin du siècle.

Le rapport prédit que dans des pays comme la Jordanie, l’Égypte et la Libye, les rendements agricoles pourraient diminuer jusqu’à 30 % d’ici 2050 si les températures augmentaient de 1,5 à 2° C.

“Opter pour la résilience et une certaine capacité institutionnelle est cruciale pour réagir et s’adapter à ces changements climatiques, aux événements météorologiques extrêmes ou aux chocs tels que l’augmentation des prix alimentaires liés à cette variabilité climatique,” dit-on dans ce rapport en ajoutant que la région n’a pas fait assez de recherches pour étudier les liens entre le changement climatique à long terme à l’immigration et les troubles sociaux.

Alors que les pays exportateurs de pétrole et de gaz peuvent jouer leur rôle en réduisant leur empreinte environnementale, toutes les agences de surveillance, y compris l’influent groupe d’experts intergouvernementaux pour l’évolution du climat (GIEC) croient pour la plupart que nous sommes sur une trajectoire de collision et/ou vers une catastrophe écologique, surtout que les principaux pollueurs ne peuvent pas s’entendre sur un plan stratégique d’action.

Le récent accord sur le climat sino-américain a offert quelques espoirs, mais les analystes croient que c’est cosmétique seulement et ne peut faire grand-chose pour changer la trajectoire de réchauffement du climat.

Les Émirats Arabes Unis, le Koweït, l’Arabie saoudite et le Qatar sont parmi les plus hauts producteurs des émissions de gaz à effet de serre nocifs par habitant dans le monde, mais ces mêmes pays ont par contre fait certains efforts afin d’améliorer leur performance vis à vis de l’environnement, de mettre l’accent sur les énergies vertes et diversifier leur économie.

«Les Etats du CCG, en particulier l’Arabie Saoudite, le Koweït et le Qatar, se décrivent souvent comme doublement vulnérables au changement climatique, compte tenu de leur forte dépendance vis-à-vis des revenus de combustibles fossiles pour leur stabilité économique et sociale et la durabilité et des options limitées pour la diversification de l’économie, » a déclaré l’Oxford Institute for Energy Studies.

Mais les organes de contrôle du climat estiment que le coût de l’inaction est encore plus grand, y compris l’impact négatif sur la santé humaine et les prix des denrées alimentaires surtout au moment ou la pauvreté galopante et le chômage dans la région ne cessent de s’accroitre.

Dans la région du Levant, les risques du changement climatique auront des conséquences graves sur les moyens de subsistance des agriculteurs, sur l’économie et la sécurité alimentaire des pays.  « Il y a un risque pour les flux migratoires accéléré vers les zones urbaines et des conflits sociaux », avertit la Banque.

L’Afrique du Nord, qui dépend de l’agriculture et du tourisme, verrait également l’insécurité alimentaire et la réduction les revenus du tourisme  immédiatement après que les patrimoines côtiers sont touchés.