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Au-delà de ses investissements dans les médias et le sport, l’émirat du Qatar cherche à développer son système éducatif en important de prestigieuses universités étrangères – majoritairement américaines. Qatar mise sur l’éducation pour son développement en mettant en oeuvre des projets divers principalement de construction d’écoles, et institutions universitaires.

Le Qatar est une petite monarchie située sur une péninsule d’environ 160 kilomètres de long pour 50 à 80 kilomètres de large. Proche du Bahreïn, sa faible superficie contraste avec la taille de ses deux puissants voisins (l’Iran et l’Arabie Saoudite) et avec sa grande visibilité mondiale. Cette visibilité s’exprime par le biais d’investissements financier massifs dans le monde, par le “sponsoring de grands évènements sportifs ou culturels, mais aussi par une stratégie éducative dynamique.

Les raisons de cette politique éducative ambitieuse sont multiples. L’aridité, autant que la situation géopolitique crispée au Moyen-Orient, font que le Qatar se sent vulnérable. En effet, en raison du déficit hydrique chronique, il importe 95% de sa nourriture et doit dessaler son eau de mer. De plus, son environnement régional lui fait craindre pour sa sécurité et en raison de sa faiblesse démographique et de son manque de profondeur stratégique, l’émirat conduit une diplomatie ambitieuse lui permettant de se rendre indispensable auprès de grands partenaires occidentaux -dont la France- et de sanctuariser son territoire (en particulier grâce à la base américaine d’Al-Udeid).

Le pays reste cependant économiquement dépendant des grands marchés mondiaux. Les hydrocarbures représentent en 2014 un peu moins de 60% de son PIB et de 85% des exportations. En cas de choc extérieur ou d’épuisement des ressources, le pays risquerait donc de ne plus pouvoir assumer son indépendance alimentaire et énergétique. Cette dépendance économique se double également d’une dépendance humaine car le pays est composé de 85% d’immigrés. Ces étrangers travaillent dans le secteur privé et font fonctionner le pays.

Or, le développement social et humain du Qatar passe par l’éducation, notamment afin de permettre au Qataris de prendre des postes dans les grandes entreprises privées opérant dans l’émirat. Doha a mis en place une politique de préférence nationale qui vise à substituer la main d’oeuvre importée par une main d’oeuvre nationale, notamment aux postes les plus importants (même si dans la fonction publique les postes principaux sont détenus par des nationaux). Cela dit pour que cette “qatarisation” soit effective, il est nécessaire que les nationaux aient une éducation de niveau supérieur et qu’ils puissent être formés dans des établissements répondant à des standards internationaux. Cela n’existait pas auparavant et permettra -dans la stratégie qatarie à l’horizon 2030- de construire une économie durable de la connaissance dans le cadre d’une politique de l’après-pétrole.

Pour cela, une plate-forme éducative à proximité de Doha accueille de nombreuses universités étrangères. Une politique de sponsoring d’universités prestigieuses permet en effet de développer une recherche et un enseignement de qualité. La difficulté est cependant de trouver des établissements à même de prendre le risque de la délocalisation. Car s’établir au Qatar ou ailleurs reste une aventure éducative mais aussi commerciale qui peut en cas d’échec mettre à mal la réputation de l’établissement. Cela a pu se voir avec le retrait de l’University of New South Wales de Singapour en 2007. Cette politique est cependant attractive grâce aux sommes d’argent que peut investir l’émirat.

Le rôle de la Fondation du Qatar est ici essentiel. La “Qatar Foundation”, qui a été fondée en 1995 par un décret de l’ancien Emir Sheikh Hamad et est présidée par la Sheikha Moza. Placé sous l’égide de la Fondation, le campus d’Education City, qui  comprend plusieurs universités étrangères prestigieuses ainsi que le Qatar Science and Technology Park qui accueille des entreprises impliquées dans la recherche scientifique et le développement au Qatar. Cet ensemble de campus a depuis été renommé Hamad Ben Khalifa University.

Avec ces universités étrangères, le Qatar souhaite disposer d’une base de chercheurs qui pourront partager leurs découvertes avec les grandes entreprises installées au Qatar (comme Total). Cela induira la production de brevets et/ou le développement de PME. Dans ce projet, la France dispose d’une place qui s’étoffe et qu’il faudra encore renforcer: aux entreprises françaises déjà présentes dans le QSTP est venu s’ajouter en 2010 un campus d’HEC (qui d’ailleurs n’est pas une université). L’école de commerce délivre au Qatar des MBA en formation continue.

Cette implantation hexagonale -la seule institution francophone sur le campus- rappelle l’importance de l’exportation des institutions d’enseignement supérieur dans ce que l’on nomme le soft power. Cette influence contribue en effet à façonner la façon de penser et de voir le monde de futurs dirigeants étrangers et elles permettent de créer des réseaux politico-économiques qui seront le support de liens commerciaux fructueux et d’une influence politique durable.

Mehdi Lazar, M.S., Ph.D.

 

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